Le droit d’usage et d’habitation (DUH) permet d’occuper un logement sans en être propriétaire. Le notaire sécurise juridiquement ce droit, assure sa valorisation et garantit son opposabilité par la publication foncière. Cette solution protège un proche, organise une succession ou optimise un transfert patrimonial.

📋 Résumé de l’article

  • Le DUH : droit réel d’occuper un logement, non cessible et non louable
  • Le notaire : indispensable pour rédiger l’acte, valoriser le droit et le publier
  • Démarches : de la collecte des pièces à la publication foncière (2 à 6 semaines)
  • Fiscalité : optimisation de l’assiette taxable, pas de revenus imposables
  • Coûts : émoluments proportionnels, débours et contribution de sécurité immobilière
  • DUH vs Usufruit : choix selon votre besoin de louer ou simplement d’occuper

Qu’est-ce que le droit d’usage et d’habitation concrètement ?

Le droit d’usage et d’habitation (DUH) est un droit réel, viager ou temporaire, qui permet d’occuper un logement pour soi et sa famille proche. Contrairement à l’usufruit, il est strictement personnel : non cessible et non louable. Les articles 625 à 636 du Code civil encadrent ce mécanisme.

Dans la pratique, « usage » désigne le droit d’utiliser les choses selon ses besoins, tandis qu’« habitation » vise spécifiquement le droit d’habiter le logement. Les deux notions sont souvent réunies sous l’appellation DUH.

Les limites principales du DUH :

  • Non-transmissibilité : impossible de le céder ou de le léguer
  • Interdiction de louer : le bien ne peut générer de revenus locatifs
  • Droit restreint à la résidence : nombre de pièces proportionné aux besoins du titulaire
  • Extinction du droit : décès, renonciation, non-usage prolongé ou terme prévu dans l’acte

Je constate deux cas d’usage fréquents dans ma pratique :

  1. Protection du conjoint ou d’un parent : garantir le maintien dans le logement familial après un décès
  2. Donation de nue-propriété avec réserve d’usage et d’habitation : transmettre le bien aux enfants tout en conservant le droit d’y vivre

Pourquoi passer par un notaire pour le droit d’usage et d’habitation ?

Le notaire remplit quatre rôles essentiels dans la constitution d’un DUH. D’abord, il garantit l’authenticité de l’acte, condition de sa force probante. Ensuite, il assure l’opposabilité du droit via la publication au Service de la publicité foncière : sans cette formalité, le droit ne peut être opposé aux tiers acquéreurs.

Le notaire calibre finement les clauses selon votre situation : durée viagère ou temporaire, périmètre des pièces concernées, conditions de fin anticipée. Enfin, il valorise le droit avec précision, information cruciale pour les donations, successions et partages.

Concrètement, il vérifie les titres de propriété, la capacité juridique des parties, la situation hypothécaire du bien, et adapte l’acte aux objectifs familiaux et fiscaux. Son intervention est indispensable lors de la constitution du DUH, d’une donation, d’un testament ou d’un démembrement de propriété.

Je ne démarre jamais un projet de DUH sans notaire : la sécurité juridique et l’opposabilité sont non négociables quand on souhaite protéger durablement l’occupation d’un proche.

Les démarches notariales pour mettre en place le droit d’usage et d’habitation

La mise en place d’un DUH suit un parcours structuré en six étapes que j’ai expérimenté à plusieurs reprises :

ÉtapeAction
1. Brief initialPrise de rendez-vous pour exposer vos objectifs et contraintes
2. Collecte des piècesTitres de propriété, état civil, situation matrimoniale, diagnostics si nécessaires
3. VérificationsContrôles juridiques et hypothécaires, recherche des servitudes
4. RédactionProjet d’acte détaillé avec toutes les clauses adaptées
5. SignatureLecture, explications et signature de l’acte authentique
6. PublicationFormalité au Service de la publicité foncière + remise des copies

Les délais moyens oscillent entre 2 et 6 semaines selon la complexité du dossier. Les points d’attention majeurs concernent l’exactitude de l’état civil, la description précise du bien, le périmètre exact du droit accordé et la durée (viagère ou temporaire avec terme fixe).

Les volets « Rédaction de l’acte » et « Valorisation du droit » méritent un développement approfondi que je détaille ci-dessous.

La rédaction de l’acte notarié

L’acte notarié doit contenir des clauses indispensables que j’ai appris à vérifier systématiquement. L’identification du bien (adresse, références cadastrales, descriptif) ouvre l’acte, suivie de la désignation du titulaire du DUH avec son état civil complet.

La durée doit être précisée : viagère jusqu’au décès du titulaire, ou temporaire avec un terme fixe. Le périmètre détaille les pièces concernées (logement principal, nombre de pièces, annexes comme cave, garage, jardin), et le cas échéant le droit d’usage des meubles meublants.

Les interdictions formelles (sous-location, cession) doivent figurer explicitement. La répartition des charges et travaux entre titulaire du DUH et nu-propriétaire évite 90 % des litiges futurs. L’assurance habitation à la charge du titulaire doit être mentionnée.

Les conditions de fin méritent une attention particulière : départ définitif en établissement, remariage ou mise en concubinage du titulaire, non-occupation prolongée au-delà d’une durée fixée (généralement 12 à 18 mois consécutifs). Les modalités de constat de fin (huissier, état des lieux contradictoire) et la répartition des frais doivent être prévues.

L’évaluation et la valorisation du droit

La valorisation d’un DUH repose sur une logique actuarielle adaptée. On part de la valeur vénale du bien, puis on estime la valeur du DUH en fonction de plusieurs paramètres :

  • Valeur locative annuelle : base de calcul du rendement d’usage (généralement inférieure à la valeur d’usufruit car non louable)
  • Âge du titulaire : tables de mortalité INSEE pour calculer l’espérance de vie
  • Durée : temporaire avec terme fixe ou viagère
  • Contraintes spécifiques : impossibilité de louer, restriction aux besoins du titulaire

Il n’existe pas de barème légal unique pour le DUH. Les études notariales s’inspirent de méthodes actuarielles et d’usages professionnels, parfois par analogie prudente avec le barème de l’article 669 du CGI, initialement conçu pour l’usufruit mais adapté à la réalité du DUH.

Exemple chiffré simplifié que j’utilise souvent pour illustrer l’impact :

Bien immobilier : 300 000 €

Valeur locative annuelle : 12 000 € (4 % de la valeur)

Titulaire : femme de 75 ans, espérance de vie résiduelle 14 ans

Calcul : 12 000 € × coefficient actualisé (environ 8 à 10) × décote DUH (30 % par rapport à l’usufruit) = valeur DUH estimée entre 67 000 € et 84 000 €

Valeur de la nue-propriété : 300 000 € – 75 000 € (moyenne) = 225 000 €

Impact fiscal : en cas de donation, la base taxable porte sur 225 000 € et non 300 000 €, générant une économie substantielle de droits de donation.

Cette valorisation précise est déterminante pour la base taxable d’une donation ou d’un partage, et elle justifie la décote appliquée sur la nue-propriété transmise.

Répartition des charges et obligations entre usufruitier et nu-propriétaire

La répartition des charges entre titulaire du DUH et nu-propriétaire diffère légèrement du régime classique de l’usufruit. En usufruit, l’article 606 du Code civil impose les grosses réparations au nu-propriétaire et l’entretien courant à l’usufruitier.

Dans le cadre du DUH, le titulaire du droit supporte les dépenses d’usage quotidien :

  • Entretien courant et menues réparations
  • Énergies (électricité, gaz, eau)
  • Charges locatives récupérables (ascenseur, entretien espaces verts, éclairage commun)
  • Assurance habitation
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Le propriétaire conserve à sa charge :

  • Taxe foncière (sauf TEOM récupérable sur l’occupant)
  • Gros travaux structurels (toiture, ravalement, murs porteurs)
  • Mises aux normes réglementaires (électricité, gaz, ascenseur)
  • Assurance propriétaire non occupant (PNO)

Concrètement, voici la répartition détaillée que j’applique systématiquement :

DépenseTitulaire DUHNu-propriétaire
Assurance habitation
Assurance PNO
Charges de copropriété récupérables
Charges de copropriété non récupérables
Jardinage et entretien espaces verts
Entretien chaudière
Remplacement chaudière
Ravalement de façade
Réfection toiture
Travaux ascenseur

Le titulaire du DUH a une obligation d’usage en bon père de famille : il doit conserver le bien en bon état et permettre l’accès au nu-propriétaire pour les travaux nécessaires, notamment les grosses réparations urgentes.

Fiscalité du droit d’usage et d’habitation : ce qui change vraiment

La fiscalité du DUH présente des spécificités que j’ai testées concrètement dans mes montages patrimoniaux et ceux de mes proches. Voici les impacts majeurs :

Droits de mutation, donation et succession : la base taxable est réduite de la valeur du DUH lorsque la nue-propriété est transmise avec réserve d’usage et d’habitation. Le notaire calcule précisément la valeur du droit pour déterminer l’assiette imposable. Cette décote génère une économie fiscale immédiate substantielle, particulièrement en présence de droits de donation ou de succession élevés.

Impôt sur le revenu : le DUH étant strictement personnel et non louable, il ne génère aucun revenu imposable. Pas de loyers, donc pas d’imposition de revenus fonciers pour le titulaire. Cette neutralité fiscale simplifie la déclaration annuelle.

Fiscalité locale :

  • Taxe foncière : due par le nu-propriétaire (le propriétaire légal du bien)
  • Taxe d’habitation : selon l’usage effectif du logement. Rappel important : la taxe d’habitation sur les résidences principales a été supprimée, mais elle demeure sur les résidences secondaires
  • TEOM (Taxe d’enlèvement des ordures ménagères) : souvent récupérable sur l’occupant, donc à la charge du titulaire du DUH

IFI (Impôt sur la Fortune Immobilière) : le traitement diffère sensiblement de l’usufruit. Le nu-propriétaire est en principe redevable de l’IFI sur la valeur du bien, avec une prise en compte possible de la valeur du droit d’usage et d’habitation selon les situations spécifiques (âge du titulaire, durée résiduelle estimée). Cette question technique mérite une sécurisation au cas par cas avec votre notaire ou conseiller en gestion de patrimoine.

Le DUH protège donc l’occupation du titulaire tout en optimisant l’assiette d’une transmission patrimoniale, sans créer de flux de revenus imposables. C’est un levier d’optimisation patrimoniale et fiscale puissant, à condition de le structurer correctement dès la constitution du droit.

Coûts et frais de notaire : budget réel à prévoir

Les frais notariés pour un DUH se décomposent en plusieurs postes que j’ai appris à budgétiser précisément. Les émoluments du notaire constituent le premier poste : ils sont proportionnels à la valeur transmise ou fixés selon le type d’acte (donation avec réserve, acte constitutif autonome, testament réceptionné). Le tarif est réglementé par décret.

Les débours regroupent les frais avancés par le notaire pour votre compte :

  • Consultation du cadastre et du fichier immobilier
  • Recherches hypothécaires et état des inscriptions
  • Intervention d’un géomètre si nécessaire (bornage, division)
  • Copies, extraits et documents administratifs

La contribution de sécurité immobilière (anciennement taxe de publicité foncière) s’élève à environ 0,10 % de la valeur sur la formalité de publication au Service de la publicité foncière. Les formalités de publicité foncière elles-mêmes génèrent des frais fixes.

La base de calcul des émoluments dépend souvent de la valeur transmise (nue-propriété dans une donation avec réserve de DUH) et/ou de la valeur du droit constitué. D’où l’importance capitale de l’évaluation précise du droit pour maîtriser les coûts.

Fourchettes indicatives que j’observe régulièrement (sans engagement, variables selon complexité et valeur) :

Donation de nue-propriété avec réserve de DUH (bien 250 000 €, DUH valorisé 60 000 €) :

→ Émoluments notaire : 2 500 € à 3 500 €

→ Débours : 300 € à 600 €

→ Contribution de sécurité immobilière : ~250 €

Total estimé : 3 000 € à 4 500 €

Mon conseil pratique : demandez systématiquement un devis écrit détaillé avant de vous engager. Même si les émoluments sont réglementés, les débours et l’accompagnement peuvent varier légèrement d’une étude à l’autre. Comparer deux devis (si vous avez le choix géographique) permet d’optimiser sans sacrifier la qualité du conseil.

Erreurs fréquentes à éviter lors de la mise en place

J’ai identifié six erreurs récurrentes qui génèrent tensions familiales et litiges coûteux. Les anticiper vous fera gagner du temps, de l’argent et préservera la sérénité familiale.

1. Oublier de préciser la durée et les conditions de fin : un DUH sans terme explicite (viagère) ni conditions de fin anticipée (départ en établissement, remariage, non-occupation prolongée) crée une insécurité juridique. Fixez dès l’acte les hypothèses de fin et leurs modalités de constat.

2. Rédiger un périmètre flou : « le logement » sans préciser les pièces exactes, les annexes (cave n° X, garage n° Y), le stationnement, l’usage privatif du jardin génère des conflits d’interprétation. Listez chaque élément concerné avec références cadastrales ou plan de copropriété.

3. Négliger la clause « gros travaux » et l’assurance : qui paie la réfection de toiture ? Le remplacement de la chaudière ? L’assurance PNO du nu-propriétaire est-elle souscrite ? Détaillez la répartition des charges et travaux, et mentionnez l’obligation d’assurance habitation du titulaire du DUH.

4. Mal évaluer le droit : une valorisation approximative ou inadaptée crée un déséquilibre dans le partage successoral ou la donation. Les autres héritiers peuvent contester. Exigez une valorisation actuarielle documentée, basée sur des données objectives (âge, espérance de vie, valeur locative).

5. Omettre la publication foncière : sans formalité au Service de la publicité foncière, le DUH n’est pas opposable aux tiers acquéreurs éventuels de la nue-propriété. Le notaire doit impérativement publier l’acte pour garantir vos droits.

6. Imaginer pouvoir louer le bien sous DUH : le DUH est strictement personnel et interdit toute location, même partielle ou saisonnière. Si vous envisagez de générer des revenus locatifs, privilégiez l’usufruit.

Mon conseil de méthode : organisez une relecture croisée des clauses « charges/travaux/assurances » par toutes les parties (titulaire du DUH, nu-propriétaire, autres héritiers si succession) avant signature. Validez ensemble le calendrier de sortie prévisible et les modalités de fin. Cette transparence prévient 95 % des litiges futurs.

Droit d’usage vs usufruit : quelle option privilégier selon votre situation ?

Le choix entre DUH et usufruit structure durablement votre stratégie patrimoniale. Je compare ces deux démembrements sur sept critères opérationnels :

CritèreDroit d’usage et d’habitationUsufruit
ObjectifLoger / protéger sans revenusLoger OU percevoir des loyers
CessibilitéNon cessible, non louableCessible et louable
DuréeViager ou temporaireViager ou temporaire
ChargesCentré sur charges d’occupationEntretien courant plus large + réparations
ValorisationDécote forte (non-louable)Barèmes standardisés (art. 669 CGI)
Cas d’usageProtéger un conjoint/parent occupantInvestissement locatif, flux de revenus
Risques/contraintesTrès protecteur mais rigideFlexible mais plus d’obligations

Scénario 1 – Protéger le conjoint survivant sans revenus locatifs :

Votre conjoint souhaite rester dans le logement familial après votre décès, sans gérer de location ni percevoir de revenus. Vous voulez transmettre la nue-propriété à vos enfants pour optimiser la succession. Le DUH est prioritaire : il protège l’occupation, simplifie la gestion (pas de locataires, pas de revenus imposables), et valorise le droit de façon prudente pour limiter l’assiette taxable de la nue-propriété transmise.

Scénario 2 – Optimiser un investissement locatif avec démembrement temporaire :

Vous souhaitez acquérir un bien immobilier en démembrement temporaire (10 à 15 ans), percevoir les loyers pendant la période d’usufruit, puis récupérer la pleine propriété à terme sans fiscalité supplémentaire. L’usufruit est pertinent : il autorise la location, génère des revenus imposables (déclarés en foncier avec déduction des charges), et se valorise selon des barèmes standardisés facilitant les négociations.

Le critère décisif : souhaitez-vous générer des revenus locatifs ? Si non, privilégiez le DUH pour sa simplicité et sa protection renforcée. Si oui, optez pour l’usufruit qui autorise la location et offre plus de flexibilité patrimoniale.

Dans ma pratique, je réserve le DUH aux situations de protection pure (conjoint âgé, parent dépendant) et l’usufruit aux stratégies d’investissement ou de transmission avec maintien de revenus. Les deux outils sont complémentaires : maîtriser leurs différences vous permet de structurer votre patrimoine avec précision et efficacité.